La gestion mentale

 

Certains enfants sont en difficulté scolaire, car ils n’ont pas conscience de leurs compétences et ne savent pas les utiliser. Ils ne savent pas comment faire pour réfléchir, chercher, faire attention et se corriger. Ils se découragent rapidement devant un exercice un peu compliqué.

 

La gestion mentale peut leur apprendre à connaître leurs processus mentaux et à les utiliser au mieux. Elle peut être utilisée par les enseignants, notamment ceux des RASED, ou pratiquée par des professionnels (orthophonistes, spécialistes de la gestion mentale…) en aide aux enfants en difficulté scolaire ou ceux qui souffrent de troubles d’apprentissage.

 

Qu’est-ce que la gestion mentale ?

 

C’est une méthode mise au point par le philosophe et pédagogue, Antoine de la Garanderie. Il pensait que tous les enfants peuvent réussir, à condition qu’ils sachent utiliser leurs compétences.

 

Pendant plusieurs années, il a observé et interrogé des personnes en situation d’apprentissage pour découvrir les démarches utilisées lors de la résolution d’un problème ou l’accomplissement d’une tâche, ceci afin de mieux connaître les processus mentaux et les moyens de les utiliser efficacement.

 

La métacognition est la connaissance et le contrôle qu’un élève a sur ses compétences et ses stratégies cognitives. Un des meilleurs prédicateurs de la réussite scolaire est la capacité de l’élève à réfléchir sur ses connaissances et ses savoir-faire et à comprendre comment il fait pour réussir et apprendre.

 

La gestion mentale vise à découvrir notre profil cognitif à travers cinq gestes mentaux : l’attention, la mémorisation, la compréhension, la réflexion et l’imagination. Le but est de repérer notre meilleure façon d’être attentif, de mémoriser, de comprendre, de réfléchir et d’imaginer :

* Est-on plutôt auditif ou visuel ?

* Utilise-t-on préférentiellement un traitement séquentiel (une chose après l’autre) ou simultané (synthétique, tout en même temps) ?

* Avons-nous plutôt une approche concrète, symbolique, logique ou créative ?

 

Il s’agit de faire comprendre à l’élève comment il fait quand il est attentif, qu’il mémorise, comprend, réfléchit et crée, dans les situations où il ne rencontre pas de problème, afin qu’il puisse de lui-même faire le transfert pour réussir aussi dans les situations où il se sent en difficulté.

 

Evoquer

 

L’évocation est un principe essentiel de la gestion mentale. Il s’agit de rendre concrète et présente une perception ou une information, à la faire exister dans sa tête. Certains enfants ne mémorisent pas ce qu’ils entendent, car ils écoutent et comprennent l’information, mais il ne se passe rien ensuite dans leur tête.

 

Evoquer consiste à se faire des images ou des films dans sa tête, en entendant ou lisant des informations. Ou à se parler intérieurement de ce que l’on voit ou comprend. On ne peut pas percevoir et en même temps évoquer. Il faut un peu de temps pour évoquer, entre l’écoute et l’action (écrire ou réfléchir à l’exercice). Ce temps n’est pas prévu en classe, mais il faut le prendre lors de l’apprentissage des cours à la maison, pour que les notions prennent sens et soient mémorisées.

 

Par exemple, pour apprendre un cours : demander à l’élève de lire un paragraphe du cours puis de fermer les yeux et évoquer la scène décrite par ce qu’il vient de lire. Se « promener » dans ce paysage, regarder les détails, se faire des commentaires.

 

Pour apprendre l’orthographe : lire le mot, cacher le modèle, fermer les yeux, l’évoquer mentalement en le voyant écrit. Ouvrir les yeux, vérifier si l’orthographe du mot évoqué correspond bien à celui du modèle. Refermer les yeux, « revoir » le mot mentalement, se demander ce qu’il a de particulier, à quel autre mot il fait penser, se poser des questions sur ce mot, se faire des commentaires. L’épeler mentalement. Rouvrir les yeux et l’écrire.

 

Multiplier les traitements

 

Confucius disait : "J'entends et j'oublie, je vois et je me souviens, je fais et je comprends."

Effectivement, on se souvient seulement de 20 % de ce que l'on écoute, on retient 30% de ce que l'on voit, et 90% de ce que l'on fait. Il est donc important de multiplier les traitements et d’être actif. Plus on fait de choses avec une leçon, mieux on s’en souvient. Ecouter et relire la leçon ne suffit pas toujours, notamment à partir du collège.

 

Il est possible par exemple de :

 

* évoquer : voir dans sa tête, traduire en images ce qu’on entend ou lit, se parler dans sa tête et traduire en mots ce que l’on voit, traduire en mots et en images ce que l’on fait ou ressent.

 

* répéter dans sa tête.

 

* voir les mots importants écrits dans sa tête.

 

* chercher des informations complémentaires dans des livres, sur internet. Faire des liens avec ce que l’on sait déjà sur ce sujet.

 

* s’exercer à répondre à des questions qu’un adulte pose sur le cours, utiliser la notion apprise dans des exercices (par exemple avec des règles d’orthographe telles que l’utilisation de à/a dans des phrases).

 

* résumer : les enfants qui utilisent préférentiellement un traitement simultané (global, synthétique) comme les enfants précoces, auront avantage à résumer leurs cours pour le mémoriser plus facilement. Pour cela :

 

* Photocopier le cours ou le placer dans une pochette plastique afin de pouvoir surligner.

* Surligner d’une couleur les mots dont il faut chercher ou vérifier le sens.

* Surligner d’une autre couleur les mots importants qu’il faut retenir.

* Surligner d’une troisième couleur les idées importantes.

* Chercher le sens des mots et recopier la définition ou un résumé de définition sur la fiche de résumé.

* Ecrire les mots à retenir et éventuellement les phrases importantes sur la fiche de résumé.

* Faire le résumé de la leçon en s’appuyant sur les idées surlignées et en se demandant « De quoi parle le cours ? ».

 

Se mettre en projet

 

La gestion mentale est une pédagogie du projet : avant tout apprentissage, demander à l’élève : « A quoi cela va-t-il te servir ? ». « Tu mets dans ta tête pour réciter par cœur, pour comprendre, pour répondre à des questions, pour pouvoir appliquer, pour pouvoir t’en resservir dans une dissertation… ? ».

 

Pour mieux mémoriser, il faut se projeter dans l’avenir : à quoi ça va me servir ? Quelles questions le professeur pourrait bien poser ? Il faut s’imaginer en train de réutiliser ces connaissances, en train de répondre à des questions, en train de raconter à un camarade ce qu’on a compris et retenu.

 

Il faut aussi se mettre en projet d’être attentif, avant de commencer le travail : regarder celui qui parle, chercher à être actif (participer, prendre des notes, évoquer…). Pour qu’un enfant soit plus attentif, il ne suffit pas de le lui demander. Il faut lui expliquer comment faire : « Pour apprendre une leçon, il ne suffit pas de la lire et la relire, il faut la faire exister dans ta tête, mettre des images sur ce que tu lis, te poser des questions, résumer, dessiner, faire des schémas et imaginer les questions auxquelles tu pourrais avoir à répondre… ».

 

Enfin, il faut réactiver ses connaissances, c’est-à-dire réviser, en respectant un délai suffisant entre les réactivations. C’est indispensable : on ne peut pas retenir correctement un cours appris la veille au soir, juste avant une évaluation. Relire et mettre en images mentales son cours une heure après est peu efficace. Le relire le lendemain est plus efficace. Réviser avant de dormir est particulièrement efficace, car le sommeil fixe les apprentissages de la journée écoulée.

 

Avoir confiance en soi et être motivé

 

Pour être attentif, comprendre et apprendre, il faut aussi être motivé et disponible, c’est-à-dire ne pas être encombré de pensées négatives, d’angoisses et de préoccupations.

 

Afin qu’un élève soit motivé, il doit savoir pourquoi il doit apprendre, à quoi cela va lui servir, et surtout savoir qu’il a les compétences pour y parvenir.

 

Lui apprendre à chercher la cause de ses échecs : au lieu de penser « Je n’y arrive pas parce que je n’en suis pas capable », lui demander de trouver des explications réalistes : « Je n’y arrive pas parce que je vais trop vite, je ne fais pas attention, je ne prends pas le temps de réfléchir… ». C’est plus motivant et efficace.

 

Lorsque c’est possible, il faut privilégier l’humour et le plaisir, inventer des manières ludiques d’apprendre, remplacer les phrases des exercices par des phrases drôles afin d’augmenter le plaisir d’apprendre et solliciter la mémoire épisodique (celle qui est liée au vécu, aux émotions).

 

Lire aussi : http://devenir-instit.e-monsite.com/pages/la-motivation.html

 

La méthode Réflecto

 

La méthode Réflecto a été élaborée par le psychologue canadien Pierre-Paul Gagné, lui-même influencé par les travaux de Vygotsky liés à l’importance du langage intérieur comme outil de médiation cognitive : ce qu’il faut se dire dans sa tête pour reprendre le pouvoir sur ses processus d’apprentissage.  Il s’agit de rendre l’enfant conscient de comment il pense.

 

Les enfants apprennent mieux lorsqu’ils peuvent établir des relations entre les choses, c’est pourquoi le modèle Réflecto s’appuie sur des métaphores, entre les personnages et les processus cognitifs.

 

Il s’agit de faire découvrir à l’enfant ses processus mentaux en leur attribuant un personnage et un métier :

 

Le détective découvre le travail à faire, lit la consigne. Il observe, cherche des indices, relève les différences et les similitudes, distingue ce qui est important et ce qui l’est moins, est attentif aux détails, pose des questions, se parle de ce qu’il voit. Il favorise la concentration.

 

Le bibliothécaire gère la mémoire, conserve les informations et les savoir-faire, sait comment les retrouver, sait classer avec le projet de s’en servir plus tard. Il faut apprendre aux enfants à se représenter l’information de façon à la fois auditive, visuelle et kinesthésique (émotion, mouvement) pour mieux l’inscrire dans la mémoire.

 

L’architecte fait des plans, détermine les étapes à suivre, prévoit. Il permet de lutter contre l’impulsivité : se donner une marche à suivre avant de passer à l’exécution.

 

L’explorateur donne libre cours à son imagination, il est créatif, sort des sentiers battus, cherche différentes façons de faire, saisit plusieurs facettes d’une situation. Il permet de découvrir la dimension visuelle, auditive et kinesthésique d’un objet.

 

Le contrôleur observe et vérifie constamment si tout se passe comme prévu. Il est vigilant. Il faut pour cela donner l’habitude à l’enfant de se parler de ce qu’il fait. Il surveille le travail des autres ressources.

 

Le menuisier construit, exécute le plan de l’architecte, suit la procédure planifiée, est précis et minutieux et prend soin d’avoir les bons outils.

 

L’arbitre évalue la production en fonction des objectifs et critique la stratégie utilisée et le travail des différentes ressources.

 

Le chef d’orchestre coordonne : c’est l’élève lui-même avec ses valeurs, ses croyances, ses compétences, ses préférences, son style d’apprentissage.

 

Pour résumer, il faut se parler sans cesse de ce que l’on fait et passer par plusieurs étapes :

* S’arrêter (ne pas chercher à répondre tout de suite), réfléchir, observer, analyser.

* Se questionner et chercher dans sa mémoire ce qu’on sait déjà en rapport avec cette tâche.

* Explorer les différentes façons de régler le problème.

* Faire un plan.

* Exécute le plan minutieusement.

* Vérifier et si besoin, corriger.

 

Faire remarquer à l’élève qu’il sait utiliser ses ressources dans certaines situations et qu’il peut donc le faire aussi sur un exercice scolaire : par exemple, son détective est performant pour résoudre une énigme, il peut l’aider à résoudre un problème mathématique. Faire des liens.

 

Apprendre aux enfants à penser en se référant à tous les personnages : Par exemple, l’enfant doit réduire les fractions :

 

* Qu’est-ce qu’on me demande de faire ? Je regarde attentivement, je fais comme un détective : je me parle de ce que je vois, je construis des images dans ma tête en même temps que j’écoute, qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce qui est important ?

 

* Que signifie « réduire » ? Est-ce que je le sais ? Je vais demander à mon bibliothécaire ce que c’est : est-ce que j’ai déjà fait quelque chose de semblable ? Qu’est-ce que ça me rappelle ? Je me suis parlé de ce que je devais me rappeler, je l’ai enregistré dans ma tête. J’ai fait des photos dans ma tête pour mieux m’en souvenir. J’essaye de retrouver ce que je m’étais dit et les photos que j’avais faites.

 

* Je demande à mon architecte de faire un plan pour savoir comment m’y prendre : que dois-je faire en premier ? A quoi ça va ressembler une fois fini ? Dans quel ordre je dois faire les choses ? Puis-je faire d’une autre façon ?

 

* Je dois faire attention de ne rien oublier et bien suivre le plan. Mon menuisier y veille : est-ce que j’ai tout ce dont j’ai besoin ? Je m’applique et essaye de faire avec précision. Je me parle de ce que je fais.

 

* Si mon menuisier se trompe, je m’en rends compte grâce à mon contrôleur qui m’aide à regarde et à me parler dans ma tête de ce que je fais. Est-ce que c’est comme ça qu’il faut faire ? Est-ce que ça s’écrit ou se dit comme ça ? Est-ce que je suis sûr de moi ? Qu’est-ce qu’il me manque pour continuer ?

 

* Enfin, mon arbitre vérifie que j’ai bien fait ce que j’avais prévu : comment faire pour savoir si c’est correct ? Puis-je expliquer comment j’ai fait pour arriver au résultat ? Quel lien puis-je faire avec ce que je sais déjà ?

 

Bien connaître ses processus cognitifs permet à l’élève de prendre conscience du pouvoir qu’il a sur « ce qu’il se passe entre les deux oreilles ».

 

Plutôt que critiquer un enfant qui s’est trompé et ne sait pas comment faire, lui demander :

* Qu’est-ce que ton détective a trouvé d’important dans … ?

* As-tu demandé à ton détective de t’aider ?

* Est-ce que ton bibliothécaire a trouvé ce que signifie … ?

* Parle-moi du plan de ton architecte.

* De quoi a besoin ton menuisier ?

* Est-ce que ton contrôleur était à son poste ?

 

Voici le guide d’explication de la méthode pour les parents :

http://college-sjbv.nuxit.net/uploads/Mutualisation/guideparent.pdf

 

Les ouvrages de Pierre-Paul Gagné sont distribués par les éditions Chenelière (Canada) : http://www.cheneliere.ca/1313-auteur-pierre-paul-gagne.html mais certains livres sont en vente en France :

http://www.amazon.fr/apprendre-penser-astuces-processus-dapprentissage/dp/2894612613/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1422217474&sr=1-1&keywords=pour+apprendre+%C3%A0+mieux+penser

 

Les cartes mentales

 

Les cartes mentales sont des représentations en arborescence qui permettent de faciliter la mémorisation. Elles s’appellent aussi « cartes heuristiques » ou « cartes d’organisation d’idées ». Il s’agit de représenter les informations sous forme de schémas en forme de flocon de neige, où chaque branche et sous-branche contient un mot, une idée, un symbole. C’est une façon de présenter des informations pour les visualiser plus facilement que sous forme de listes ou de textes.

 

Le livre de Nancy Margulies édité aux éditions Chenelière, est disponible en France :

http://www.amazon.fr/Les-cartes-dorganisation-did%C3%A9es-structurer/dp/2765103194

 

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.