Les devoirs

 

Le débat n'est pas nouveau puisque l'interdiction date de 1956 :

http://dcalin.fr/textoff/devoirs_1956.html

 

Et pourtant, la question se pose toujours de savoir s'il faut ou non, donner des devoirs écrits à l'école élémentaire. Et pourtant, des enseignants continuent de donner des devoirs écrits. Alors pourquoi ?

 

Premièrement, les enseignants donnent des devoirs écrits parce que certains parents les demandent. Ce sont justement les parents qui sont disponibles et compétents pour aider leurs enfants. Quant aux élèves qui n'ont pas cette chance et qui doivent se débrouiller tout seuls, les devoirs écrits ne les aideront pas à progresser, et l'écart se creusera encore avec les élèves qui eux, peuvent se faire aider à la maison.

 

Deuxièmement, les enseignants donnent des devoirs parce que ça les rassure : ils ont peur de ne pas avoir le temps de faire intégrer le programme sur le seul temps de classe, ou ils ont peur de ne pas être considérés comme des enseignants sérieux s'ils ne donnent pas de devoirs.

 

Pourquoi faut-il renoncer aux devoirs écrits ?

 

Un enfant a besoin d'être disponible et motivé pour apprendre ou réviser.

 

S'il est fatigué par une journée de classe, s'il est privé d'un moment de loisir (soir, week-end, vacances) donc peu motivé, ou pire (et c'est fréquent), si les devoirs se transforment systématiquement en moment conflictuel avec les parents, il y a vraiment peu de chances que son cerveau soit réceptif à ce qu'on veut lui faire réviser par l'intermédiaire des devoirs écrits.

 

Pour beaucoup d'enfants, les devoirs écrits les remettent dans la situation coûteuse et douloureuse qu'ils vivent déjà en classe : c'est le cas de ceux qui sont en difficulté, dyspraxiques, dyslexiques, qui écrivent mal et lentement ou qui n'aiment pas écrire. Au lieu des 15 à 20 minutes prévues par l'enseignant, les devoirs peuvent durer jusqu'à deux heures (et ce n'est pas rare), dans une ambiance très peu favorable à l'épanouissement et à la réflexion.

 

Que penser d'un enfant qui passe une à deux heures tous les soirs à faire ses devoirs, sans être motivé et en se faisant houspiller par un de ses parents qui perd patience ? Va-t-il progresser ? Il y a bien plus de "chances" qu'il se démotive et soit dégouté de l'école. C'est difficile ensuite de remotiver un élève démotivé qui n'aime plus l'école.

 

Que penser de ceux qui ne passent qu'un quart d'heure à faire leurs devoirs ? Que sans doute, ils sont assez performants pour ne pas avoir besoin de ce travail supplémentaire et qu'ils seraient plus motivés, eux aussi, s'ils savaient qu'une fois leur journée d'école terminée, ils seront libres et qu'ils pourront tourner la page jusqu'au lendemain.

 

De plus, les enseignants ont le rôle d'instruire, mais aussi d'une certaine manière d'éduquer les enfants. Ils doivent montrer l'exemple et ne pas enfreindre la loi en donnant des devoirs, interdits à maintes reprises par des textes successifs.

 

Un élève peut progresser sans devoirs écrits. De même, il réussira à s'y habituer une fois qu'il sera au collège ; ce n'est pas la peine de lui en donner en CM2 pour qu'il s'y habitue plus facilement. 

 

Un élève peut être plus motivé en classe si on lui tient le discours suivant : "J'attends de vous que vous fassiez les efforts nécessaires en classe. En contrepartie, je vous laisse tranquille à la maison et je ne donne pas de devoirs écrits. Mais, si l'un d'entre vous ne fait pas le travail demandé en classe, il devra le finir à la maison". C'est une sorte de contrat où chacun s'engage à : travailler en classe/ne pas donner de devoirs écrits. J'ai pu constater que cela fonctionne. 

 

J'ai toujours eu le sentiment, en discutant avec les élèves qui ont des devoirs écrits à faire à la maison, qu'ils en "voulaient" un peu à leur enseignant de leur donner des devoirs. Pour avoir envie d'aller en classe et de travailler, il vaut mieux ne pas être dans cet état d'esprit. Un élève qui n'a pas de devoirs écrits est généralement reconnaissant envers son enseignant, surtout quand il en entend d'autres se plaindre d'avoir des devoirs chaque soir.

 

A la sortie de l'école, des élèves de classes différentes se croisent et se demandent : "Tu as des devoirs toi ? C'est super, nous, on n'en a pas pour demain". Les devoirs gâchent plus ou moins la vie de l'écolier et ne lui servent qu'à moins aimer l'école et le travail scolaire. Après une journée de classe ou lorsque tout le monde est en congé, un enfant a le droit à cet espace de liberté qui consiste à ne pas devoir se concentrer. Ne pas donner de devoirs écrits, c'est aussi respecter l'enfant.

 

Plus de devoirs du tout ?

 

Non, bien sûr, il ne s'agit pas de supprimer totalement les devoirs à la maison. Un enfant, même bon élève, a toujours besoin de travailler à la maison pour :

 

* Apprendre ses leçons d'histoire ou de sciences, ses poésies, ses tables de multiplication...

 

* S'entraîner à lire.

 

* Chercher des informations pour préparer un exposé.

 

* Rassembler des documents, des photos, des feuilles d'arbre pour apporter en classe, illustrer son cahier, faire un herbier...

 

Il y a certaines choses qu'on ne peut pas faire à l'école, comme les apprentissages par coeur. Ce n'est pas le cas des exercices écrits que l'on peut faire en classe. Ils doivent donc rester en classe.

 

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